Ad Astra (Film, 2019)

C‘est avec de l’émotion et toujours autant de passion que je m’apprête aujourd’hui à parler à nouveau d’un long-métrage sur cet espace (c’est le cas de le dire) d’échange culturel et artistique qu’est curious world. Alors sans plus attendre, lançons nous, une fois encore, dans les méandres de la conquête et de l’exploration spatiale, telle qu’Hollywood a su nous la faire vivre, non sans éclat, depuis plusieurs décennies.

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Comme vous avez pu vous en rendre compte, notamment au sein de mon dernier édito, j’ai une certaine affinité avec le monde palpitant que représente l’espace intersidérale et encore davantage avec les planètes de notre système solaire. Plus particulièrement une grande planète bleu, faite d’hydrogène et d’hélium. Enfant, je me souviens les avoir toutes apprises avec mon frère-aîné, à un âge où habituellement on commence tout juste à connaître les pays et les nationalités de notre bonne vieille Terre. Nous avions alors réalisé des maquettes que l’on pendait au mur en essayant de respecter l’ordre et les distances entre ces objets célestes et le soleil. De fait, notre père, toujours un œil tourné vers les étoiles, nous avais transmis subtilement cette curiosité des astres et du ciel. C’est donc non sans un certain enthousiasme que j’accueille les métrages traitant des questions spatiales, et notamment cette nouvelle vague de film à mi-chemin entre réalisme et fantasmes de science-fiction de plus en plus prenants, percutants et humains.

Cette tendance avait d’ailleurs été réinitiée avec brio il y a quelques années par le très marquant Gravity (2013), un film qui se voulait bien plus proche du réel que beaucoup de productions réalisées jusqu’ici à propos de cette thématique. Je me souviens le choc que cela avait été de vivre ces scènes d’angoisse et de silence dans un film qui avait fait le choix de mettre sur écran certaines réalités glaciales de l’espace (l’absence totale de son, l’inexistence du frottement de l’air et donc les rotations à l’infini, l’impossibilité de produire une flamme dans les explosions, ce qui les rendait encore plus violentes…). Interstellar (2014) suivait et avait mis presque tout le monde d’accord quant au potentiel énorme des odyssées spatiales (et quelles musiques, merci Monsieur Zimmer!) bien qu’il se perdait selon moi dans une construction trop complexe et un côté très abstrait pour réellement me prendre aux tripes. Seul sur Mars (2015) proposait quant à lui quelque chose de vraiment intéressant en traitant d’un projet de plus en plus réalisable dans le concret et la réalité de notre monde actuel et en devenir, même s’il souffrait de problèmes de rythme et de cohérence, à mon humble avis. First Man (2018), enfin, se définissait plus comme un biopic explorant des facettes de la vie astronaute à la fois poignantes et nécessaires à introduire dans le cinéma actuel, avec un final à couper le souffle nous faisant vivre, à nous, jeunes générations, un moment auquel nous n’avions pas pu assister de notre vivant.

C’est donc dans ce contexte qu’arrive le petit dernier, Ad Astra (2019), porté par un Brad Pitt à la fois étonnant et insaisissable. Autant dire qu’il a face à lui, un terrain bien préparé, voire presque bouché, tant il est difficile de nos jours de proposer de l’originalité et de l’anthologie dans un paysage cinématographique saturés de remake et autres « hommages » en tout genre. Pourtant, Ad Astra, tout pétri de ses bonnes intentions, avec ses hauts et ses bas, a réussi à nous faire vivre quelque chose d’inédit, un voyage initiatique tel qu’on en a peu vu sous cette forme dans le cinéma. Il a réalisé un rêve fou: faire un aller retour entre la Terre et Neptune. Et ça, ça n’a pas de prix pour moi.

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Synopsis

L’astronaute Roy McBride s’aventure jusqu’aux confins du système solaire à la recherche de son père disparu et pour résoudre un mystère qui menace la survie de notre planète. Lors de son voyage, il sera confronté à des révélations mettant en cause la nature même de l’existence humaine, et notre place dans l’univers.

Tout d’abord, il faut bien prendre conscience que, et ce, avant même de se rendre à sa séance, vous ne verrez pas un grand film d’action aux multiples péripéties et au scénario complexe et rodé. Vous ne verrez pas non plus de grandes interactions sociales, des problématiques collectives au sein d’un équipage (quoi que…) ni même le récit d’exploits faramineux. En vérité, ce film ne cherche pas à donner dans le sensationnel, ce n’est pas son propos. En-cela, la bande-annonce, et, dans une moindre mesure, le synopsis, ont été un peu ambiguës voire « mensongers » car ils ne s’adressaient sans doute pas à la bonne cible. Le but étant sûrement de rendre le film plus vendeur et attractif pour le grand public. Cependant, passée cette désillusion, ce métrage a la capacité de vous faire vivre énormément de sensations complexes et passionnantes pour peu que vous l’écoutiez attentivement, avec les ventricules de votre cœur pleinement ouverts. Pour être tout à fait complet, on pourrait dire que ce film parle de l’homme, mais aussi de l’Homme. L’homme, avec un personnage central émotionnellement brisé, à la problématique du lien exacerbée (fuis moi je te suis, suis moi je te fuis) dont on va avant tout narrer le cheminement. Mais aussi l’Homme, avec un grand H, l’humanité dans son sens large, comme il est souvent coutume au sein de ce genre de films et autres productions à base d’odyssée spatiale (toute la saga Star Trek en est un exemple criant lorsqu’on s’aperçoit que chaque race présentée incarne en fait une des multiples facettes de l’Homme). En effet, l’humanité et ses nombreux visages, parfois les meilleurs (amour filial, attachement, sens de l’honneur) mais surtout les pires (complots, piraterie, sociopathie, manipulation, apathie…) vous seront dépeints de manière forte et marquante, et c’est là, en vérité, que le film brille. Certaines séquences, avec leur propositions et leur mise en scène, proposent quelque chose de tout à fait nouveau et de vraiment puissant. Je pense qu’on se souviendra longtemps de cette course-poursuite lunaire à l’ambiance glaçante et de cette danse effrénée dans le vide spatial sur fond bleuté aux anneaux majestueux…

À propos des nombreux reproches que certains font à Ad Astra, je commencerais en répondant simplement que quelques baisses de rythme et passages un peu décousus ne servent effectivement pas le métrage. Même chose pour ce qui est de l’absence de réelles compositions en nombre, ce qui est d’autant plus frustrant lorsqu’on voit que l’un des seuls titres réalisés pour le film: To The Stars, composé par un certain Max Richter, est pourtant une pure merveille. Manque de budget? de temps? Pour un mélomane comme moi, c’est un manquement. La bande-son choisie pour parer à cette absence de créations originales reste cependant adaptée et toujours pertinente; de fait elle ne nous sort jamais du film, c’est déjà ça. Plusieurs incohérences pourront, pour les plus tatillons d’entre nous ou bien ceux en phase avec les connaissances scientifiques actuelles, clairement déranger. Je ne rentre pas dans les détails pour éviter les spoils mais entre les aberrations scientifiques, psychologiques et l’absence bien souvent d’une certaine logique, le film n’est pas parfait dans sa démarche pourtant réaliste.

Beaucoup d’autres éléments, souvent cités comme problèmes récurrents du films, dégagent en effet un sentiment global de frustration. Certains sujets et sous-intrigues sont effleurées, nous faisant regagner en intérêt pour cet univers, sans être par la suite pleinement exploitées, comme si on démarrait une construction ambitieuse sans jamais en concevoir le dénouement. Une rapide enquête sur sa production m’a permis de savoir que cet aspect déconstruit et quelque peu incohérent serait le résultat de nombreux reshoots et changements de trajectoire et on sait à quel point cela peut entamer un métrage. Je pense que face à ce chaos au sein de la création, la thématique de la solitude et de la réalisation d’un individu a primé sur tout le reste, sûrement afin d’éviter au film de partir dans tous les sens. Avec le recul, ce choix est compréhensible, mais le film nous laissait entrevoir tellement plus qu’on ne peut s’empêcher de ressentir une pointe de déception. Cette oeuvre restera la quête d’un seul homme, sa recherche de sens au travers de sa relation avec son père, une thématique maintes fois abordée par le réalisateur James Gray.

J’ai entendu que le film était qualifié de trop long. Personnellement je trouve qu’il est dans la moyenne de ce style de métrages. Il a de fait une tendance foncièrement contemplative, mais c’est aussi ça l’espace: du vide, de l’infini, du grandiose; et ça se contemple. Encore une fois, c’est certainement le manque de scènes d’action pour un public qui s’attendait à de nombreuses péripéties sur l’écran qui donne cette impression de lenteur et de longueur, et non la véritable durée elle-même. A été également pointé du doigt le jeu de Brad Pitt, qui semble à l’écran lui aussi vide, creux, voire inhumain. Le qualifier ainsi est en fait passer complètement à côté de la profondeur du personnage. Car en vérité, au milieu de ce sentiment de vide se cache un véritable gouffre de souffrance intérieure dans lequel il est plongé. Un trou béant illustré par un mal-être quasi-constant, que le film nous donne clairement à voir au travers de ses scènes de tests psychologiques, de sa voix-off et de ses confessions en monologues. Chaque scène où intervient un personnage secondaire n’est finalement qu’une façon de faire voir davantage de ce que le personnage de Roy (Brad Pitt) a à offrir, comme des détonateurs pour faire exploser tantôt sa rage, tantôt son désespoir. Ils représentent tour à tour ces facettes d’humanité que j’ai évoqué, et ne sont que les dépositaires d’une institution, d’une entité ou d’un concept qui permettront au personnage principal de se confronter à sa propre destinée. La rencontre finale sera l’apogée de cette expression de détresse et de ce drame familial qui sera parfaitement campé par ces deux protagonistes. À eux seuls, ils soufflent en fait, tout le reste du casting, très peu exploité. Mais ce n’est pas grave, car c’est au fond seulement au travers de cette unique relation que toute l’intensité de l’œuvre se joue. Toute le reste n’est qu’un habillage, un décor, un contexte. Et alors les deux êtres les moins humains deviennent finalement les seuls êtres humains.

Je tiens donc à l’affirmer: OUI, Ad Astra est un bon film et OUI, il faut/fallait aller le voir car on a besoin de ce genre de sorties dans le paysage du cinéma actuel. Tout d’abord parce que, qu’on le veuille ou non, il s’agit quelque part d’un film d’auteur, avec son scénario original et ses contre-pieds par rapport aux tendances actuelles à Hollywood. Ensuite, parce qu’on (j’entends par là le public international) a été très vache avec le magnifique First Man, qui au mieux s’est fait qualifier de sympathique, au pire a été totalement boudé à sa sortie en salle. Les chiffres parlent d’eux-mêmes avec bien trop d’entrées par rapport à l’envergure du projet. Ne faisons pas d’Ad Astra un second naufrage spatial alors même qu’il nous sert ce dont on a cruellement besoin dans cette catégorie filmique. Enfin, qui n’a jamais rêvé de voir un homme parcourir des planètes non plus imaginaires mais bien réelles, celles que nous connaissons tous, petits et grands, celles de notre système? Sérieusement, il y a que moi que ça fait fantasmer d’être trimbalé entre la Lune, Mars, Saturne, Jupiter, Neptune? C’est du jamais vu au cinéma. Et visuellement, c’est une vraie claque.

Je conclurais cette chronique en évoquant la fin du film, tout en évitant bien sûr, de vous la spoiler. Cette fin est fidèle à ce que le film veut nous faire comprendre: la fragilité et la détresse psychologiques humaines n’ont pas de limites. Métaphoriquement et concrètement. On peut avoir besoin de traverser entièrement le système solaire tout entier rien que pour se prouver qu’on est vivant et que la vie peut avoir du sens. Le sens que trouve tout un chacun lors d’un voyage initiatique est le résultat d’une quête personnelle et n’a donc pas à être discuté. Si vous trouvez le résultat niais, c’est que le film n’a peut-être pas su vous emmener à bord de son épopée émotionnelle et non pas nécessairement qu’il est mauvais. Peut-être n’aviez-vous tout simplement pas voulu vraiment monter à bord?

Pour moi le voyage est un pari réussi: j’ai vécu quelque chose de fort, de puissant et de nouveau. Et cela me suffit.

Note: 4/5

2 réflexions sur “Ad Astra (Film, 2019)

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