Prémonitions (Film, 2015)

135727Depuis la claque monumentale assenée par l’incroyable petit dernier de Fincher, aka Gone Girl, la catégorie Thriller, s’était selon moi élevé au rang de chef-d’œuvre, me rendant par là-même de nouveau sensible à tout ce pan cinématographique. Mais voilà, après une telle prouesse, difficile de se contenter d’un en deçà, d’un film qui ne saurait présenter autant d’originalité, de frissons et de rebondissements. C’est dans ce genre de moments qu’il faut se faire violence, se forcer à, une fois encore, prendre les choses comme elles viennent, telles qu’elles sont et non pas telles qu’on les voudrait. Rester curieux, rester insouciant; pour ne se fermer aucune porte, pour ne jamais rien rater d’exceptionnel, de captivant.

Lorsqu’on est parisien depuis de nombreuses années, bien souvent, les affiches de métro finissent par faire partie du paysage. Quelques chose devant lequel on passe sans se retourner, comme le ferait un country-man en croisant un des nombreux ballots de paille qui remplissent son quotidien. Pourtant, ne pas prêter attention à ce qui nous entoure dans le paysage façonné et citadin parisien est à double-tranchant: parfois on se préserve du matraquage publicitaire et de la bêtise humaine, parfois on passe à côté d’une fabuleuse expérience. Depuis toujours, je me suis naturellement porté garant de la curiosité d’autrui en appliquant un tri visuel au regard de tout ce qui se trouve à ma portée. Ce tri, vous en avez un principal échantillon au travers de ce site culturel mais aussi au travers des projets que je réalise à l’intérieur et à l’extérieur de curious world, le but étant, de faire de chaque jour, une découverte.

Les phrases d’accroches, de par leur nature quasi-invariablement bateau et cliché, ont bien souvent sur moi un effet quasi nauséeux ; tout le contraire de leur but originel, me direz-vous. Cependant, il se trouve que certaines d’entre elles, peu nombreuses, arrivent à piquer ma curiosité, et lorsqu’elle sont assortis de noms cultes du cinéma, elles parviennent presque alors à me donner envie de m’enfermer dans une de ces merveilleuses salles sombres…Ce fut le cas pour Prémonitions, ce fantastique thriller arborant l’énigmatique question: « Comment arrêter un tueur qui prévoit l’avenir? »

En tant que premier film anglophone à la fois surprenant et bien mené d’Afonso Poyart, Solace (titre VO – ndlr), dont le projet originel devait être une suite du cultissime Seven par David Fincher, finit par devenir une création originale qui en a tout de même pas mal dans le ventre.

Synopsis

Un tueur en série énigmatique sévit à Atlanta, laissant le FBI totalement désemparé. Quoi qu’ils fassent, les enquêteurs ont toujours un coup de retard, comme si le tueur pouvait anticiper leurs mouvements à l’avance ! En désespoir de cause, ils se tournent vers le docteur John Clancy (Anthony Hopkins), un médium retraité dont les visions les ont aidés dans le passé. En étudiant le dossier, Clancy devine rapidement la raison pour laquelle le FBI est incapable de coincer le tueur : ce dernier possède le même don divinatoire que lui. Comment dès lors arrêter un tueur capable de prévoir l’avenir ? Commence alors une partie d’échecs impitoyable.

Je perçois tout de suite venir la réticence de certains face à l’aspect « medium et prémonitoire » que présente sans retenue le synopsis du film et je la comprends: c’est la seule chose qui m’a fait hésiter. Je pense cependant vous rassurer en vous affirmant que le but du film est tout sauf d’essayer de vous convaincre que de telles choses existent, encore moins de vous en prouver les bienfaits de celles-ci au point de vous inciter à courir chez le voyant le plus proche pour qu’il vous tire les cartes. Non, en vérité, ce film vise plus haut et il s’avère même que de nombreuses fois, il touche sa cible, avec justesse.

La dernière fois que je vous parlais de thriller, j’évoquais l’importance capitale de l’ambiance et l’atmosphère qui y règnent. Sur ce point, Prémonitions a réussit son coup. Dès le début, quelque chose de pesant s’instaure, une sensation à la fois étrange et dérangeante. C’est vrai, l’incipit paraît assez classique: une série de meurtres inexplicables, un tueur comparable à de la fumée, inatteignable, et le FBI complètement largué; on s’ennuierait presque. Mais lorsque le magistral Anthony Hopkins s’ajoute à l’addition, les choses prennent une tournure tout à fait remarquable..Bien sûr, on ne présente plus ce géant du cinéma dont le dernier exploit notable fut d’être l’un des seuls à interpréter Sir Alfred Hitchcock avec le génie qu’il convenait de lui apporter au sein du film éponyme sorti il y a quelque temps (le film en lui-même s’avéra assez décevant, malheureusement). Son nouveau tour de force, avec Prémonitions, a été cette fois-ci d’incarner un médecin retraité aux dons prémonitoires dont la vie a prit une tournure morose et dénuée de sens depuis la mort de sa fille, foudroyée par une leucémie. Le protagoniste phare, donc. Et pourtant, lorsqu’on observe l’affiche, avec ce regard au cœur de pierre et cette absence totale de doute jusqu’au cœur des pupilles, on jurerait qu’il s’agit là du fameux tueur inconnu.

De fait, une certain mystère se répand tout au long de cette affaire particulière; il s’insinue, s’infiltre partout autour de faits qu’on ne saurait traduire. À la manière d’une volonté divine, des meurtres propres (pour la plupart) sont appliqués à tour de rôle, le tout sans laisser d’indice. On ne perçoit aucun lien de cause à effet entre les affaires, et pourtant le mode opératoire employé semble témoigner d’une seule et même occurrence. Et d’un seul coup d’un seul, le mystère est brisé, disparu, évanoui. À la manière de Fincher, Afonso Poyart retourne la situation à sa guise, nous faisant tourner en bourrique, multipliant les exclamations en notre fort-intérieur. Où veut-il en venir? Voilà la question qui revient sans cesse en tête. Croisant les images prémonitoires lugubres et sanglantes par des montages poignants, il fait courir ce malaise, l’installe puis le fait grandir, ne nous laissant aucune échappatoire, sauf bien sûr, celle de garder son sang-froid. Un vrai sang-froid.

C’est justement là une qualité que j’ai, depuis toujours, admiré avec ferveur et à mon souvenir je n’ai jamais vu une aussi belle illustration du sang-froid que celle offerte par ce John Clancy, campé par un Hopkins au meilleur de sa forme (en dépit d’un aspect indiscutablement vieillissant chez ce dernier). Ils les enchaînent toutes: les autopsies par trépanation, les découvertes de scènes abjectes et morbides, les faces à faces mortels, les visions funèbres, et j’en passe… Il côtoie la mort dans toutes ses formes et dans tous ses aspects, comme s’il s’agissait d’une vieille amie qu’il aurait amadoué dans une vie antérieure. Le tout sans un seul soupçon de tressaillement, sans l’ombre d’un cillement. Je pense ne pas me tromper en affirmant qu’il s’agit là d’une des plus grandes particularités du film: présenter tour à tour des choses de plus en plus invraisemblables, de plus en plus inacceptables afin de pousser le Docteur Clancy jusque dans des retranchements, apparemment inexistants en son sein. Parler de sa fille morte dans la fleur de l’âge à la suite d’un cancer du sang? Voir des meurtres défiler avant même qu’ils ne se produisent? Être témoin d’une scène de crime à vous glacer le sang venant de se dérouler par le simple contact de la victime? Aucun problème. Il semble avoir tout vu, tout jugé, tout compris, bien avant les autres, bien avant de le regretter lui-même. Il en ressort un homme aussi incompréhensible qu’irréel et on est en droit de se demander: Qu’est ce qui ne va pas chez lui? En définitive, tout. Privé d’une vie calme et paisible, privé d’une existence normale entourée d’une famille que la dure réalité lui a retiré, il est condamné à rester seul, infiniment seul.

Ce n’est pas tant à l’intrigue policière qu’est accordée tous les efforts – on dira d’elle qu’elle est un enrobage à la fois prenant et soigné – mais bien à l’intériorité de cet homme et de son sombre alter-ego (Colin Farell, diabolique, calculateur et impassible). Un duel idéologique en somme, portant avec lui des questions existentielles d’ordre sociétaire voire politique: l’euthanasie, la sélection naturelle, la non-assistance à personne en danger…Quant aux rôles secondaires (Jeffrey Dean Morgan, Abbie Cornish), ils restent correctement interprétés sans devenir mémorables pour autant. Leurs relations avec Hopkins et notamment ce qu’ils provoquent en lui restant les principaux intérêts de leur présence.

Enfin, la photographie globale du film est de bonne facture: des effets intéressants sont utilisés pour rendre compte d’une certaine ambiance, accentuant l’angoisse d’ores et déjà installée. Les effet spéciaux, bien qu’un peu pompeux à certaines reprises, s’avèrent utiles et efficaces et permettent de dépeindre ce « niveau de conscience » supérieur dont sont dotés les deux antagoniste/protagoniste. La bande son, assez anecdotique dans sa globalité (elle n’est pas planifiée en sortie CD et est quasi introuvable sur le net), présente quelques bons choix d’emprunt tel que la merveille My Tears Are Becoming a Sea signée M83 (encore un talent français inégalable), qui accompagne un certain passage du film de manière anthologique.

On y va mitigé, on en sort satisfait. Peut-être un peu trop d’hémoglobine, pas toujours justifié, à mon humble avis…

Note globale: 3,5/5.

Ben’

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