Love (Film, 2015)

Attention !! Bombe atomique cinématographique, sentimentale et sensuelle …. LOVE !

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C
omptez bien, ce n’est pas évident, il y en a trois
Cela n’a à la fois aucune importance et beaucoup. Aucune importance parce que c’est avant tout une histoire d’amour entre deux êtres et beaucoup d’importance parce qu’ici rien n’est simple.

Synopsis

Un 1er janvier au matin, le téléphone sonne. Murphy, 25 ans, se réveille entouré de sa jeune femme et de son enfant de deux ans. Il écoute son répondeur. Sur le message, la mère d’Electra lui demande, très inquiète, s’il n’a pas eu de nouvelle de sa fille disparue depuis longtemps. Elle craint qu’il lui soit arrivé un accident grave.
Au cours d’une longue journée pluvieuse, Murphy va se retrouver seul dans son appartement à se remémorer sa plus grande histoire d’amour, deux ans avec Electra. Une passion contenant toutes sortes de promesses, de jeux, d’excès et d’erreurs….

Avertissement

Je sais que votre temps est précieux donc on va se mettre à l’aise et parler tout de suite de ce qui fâche.
Si ce que vous craignez de voir dans ce film (ou à l’inverse ce qui vous donne envie d’aller le voir), c’est la provocation (l’excitation) et le scandale (le spectacle) des scènes de sexe crues, laissez tomber, ne lisez pas ce post et n’allez pas voir ce film.
Et c’est OK, compréhensible et tout à fait respectable mais, s’il vous plait, n’y allez pas.
N’y allez pas car c’est exactement (et hélas seulement) ce que vous verrez.
Je pense sincèrement qu’il est moins grave d’ignorer l’existence de ce film que de le voir et de passer à côté. Malheureusement comme nombre de journalistes et de curieux qui se sont précipités (bousculés, écrasés, piétinés) à la projection cannoise de minuit … et qui enfumés par les brumes du scandale annoncé ou de l’attente fantasmée sont ressortis outrés ou dépités.

Bombe atomique n°1: cinématographique ou l’art de l’ellipse

Gaspard Noé est un virtuose du rythme et du montage. Il l’avait déjà démontré dans Irréversible avec ce montage à l’envers qui vous broie à froid. Pan, dans la gueule, pas le temps de voir venir, pas de glissement progressif, parce que la violence dans la vie elle est comme ça, elle n’est pas précédée de préambule, de conférence, de scènes d’exposition, elle est brutale et immédiate. Le « suspense » c’est juste un truc inventé pour le cinéma…
De même dans Enter the void à travers la collision, l’inter-pénétration des deux mondes, la vie, la mort ou l’entre-deux dans les vapeurs d’acide ou de drogues.
Dans Love, le réalisateur pousse cette virtuosité à son paroxysme dans un art jamais vu auparavant de l’ellipse cinématographique.
Dans le plan séquence d’une seule journée va se chevaucher dans une danse parfaitement maîtrisée, minutée, orchestrée, les moments, les événements, les aller-retours dans le temps et les lieux, les chocs, les illuminations, les coups, les orgasmes, les délires, les expériences et les extases amoureuses, celles que les jeunes acteurs nous assènent dans des regards dilatés non pas sous l’effet de la drogue ou plutôt si, sous l’effet d’une drogue mais naturelle, originelle, pure, fondamentale: l’amour.
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Cette virtuosité de l’ellipse nécessite de la part du spectateur de totalement lâcher prise (comme dans l’amour ou le sexe soit dit en passant). Ce tourbillon s’impose alors comme une évidence quand on le laisse nous guider, y compris la scène de la première rencontre des deux amants qui arrive quasiment à la fin et qui n’aurait en aucun cas pu intervenir avant. Par contre si vous résistez, si vous voulez vous mettre à distance pour retrouver la logique ou la continuité temporelle,vous êtes bon pour le mal de coeur comme dans une montagne russe sans ceinture..

Alors bien sûr cela vous donnera l’impression d’être « stone » ou comme dirait Electra de « faire l’amour sous opium » mais c’est tout le propos du film. Une passion amoureuse c’est comme une drogue pour l’organisme, les sites biochimiques et l’intensité des stimulations qu’elle provoque sont similaires. La passion pousse à augmenter les doses d’amour (phénomène bien connu de l’accoutumance) et sa disparition ou sa privation provoque une souffrance physique épouvantable (là aussi phénomène bien connu de la dépendance).

Alors comment mieux la retranscrire qu’en faisant faire l’expérience au spectateur de cette atomisation du temps, de l’espace et des sensations qu’elle provoque.

En plus de la maîtrise du rythme, Gaspard Noé joue avec une efficacité stupéfiante sur les compositions, les éclairages, les surimpressions, les effets miroir, les cadrages. Rien n’est laissé au hasard. Position des acteurs (face à face virtuel des amoureux séparés dont l’un des reflets est une image d’un autre temps qui se sur-imprime brièvement), éclairage et cadrage des scènes d’amour dont la beauté  et la douceur malgré la crudité emplissent de pure émotion.

Enfin maîtrise de la bande son. La voix off de Karl Glusman sublime, juste, profonde, quasi « Malickienne » et la musique, parfaitement choisie, parfaitement ciblée, tellement que dès les premières notes attachées à une scène on se dit que c’est exactement la musique  qu’on avait en tête la seconde d’avant (toutes les cènes de sexe sont baignées d’une telle musique, fluide, évidente, naturelle).

Dans ce film, Gaspard Noé réussit la synthèse de perfection cinématographique d’un Stanley Kubrick pour la maîtrise du rythme et du flux (le film préféré du héros de Love est 2001 ! Quel autre meilleur exemple de l’art de l’ellipse cinématographique?), d’un Terrence Malick pour la maitrise des éclairages, des cadrages et du son / voix off et enfin des maîtres Asiatiques que sont Nagisa Oshima et Wong Kar-Wai pour l’érotisme des corps.

Bombe atomique n°2: le premier film d’amour et de sexe

Gaspard Noé met dans la bouche de son héros, la raison d’être même de son film: « Il y a des films d’amour sans sexe ou des films de sexe sans amour mais pourquoi n’y a t’il jamais eu de film d’amour et de sexe? Qu’y a t’il d’autre que l’amour et le sexe pourtant dans la vie? ».
« Love » est sans conteste un film d’amour et de sexe. Les deux avec la même folle intensité, la même totale implication, la même obsession sans limite. Et à ce jeu, les acteurs sont renversants de vérité. Etre juste dans l’expression des émotions est déjà une performance pour un acteur mais être juste dans le jeu physique non simulé des relations sexuelles en y mêlant l’émotion d’un amour joué c’est renversant. Ici aucun faux semblant, le sexe est omniprésent entre les amants car il le serait dans la réalité de la passion qui est décrite ici. Pas de « cut » juste avant l’orgasme, pas d’acteur remplaçant pour les gros plans parce que dans ce film, l’amour et le sexe sont inextricablement liés donc pas de place pour des montages ou des arrangements. Pensez y, juste une seconde, à quel point il faut incarner son personnage pour être « crédible » dans ces scènes-là.

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Pensez-y et oubliez le pour vous laisser porter par la vague déferlante de ce premier film d’amour et de sexe de l’histoire du cinéma.
Dans cet amour, un plus un fait deux, puis trois, puis dix puis un puis zéro…

C’est une arithmétique redoutable et implacable, une pente vers l’abîme aussi certaine q’une drogue dure.
Sexe, drogue, amour, Gaspard Noé navigue toujours dans les eaux du même déluge originel

Bombe atomique n°3: le tourbillon des sens

Gaspard Noé (en fait son.chef opérateur Benoît Debie) n’a pas choisi de tourner en 3D par provocation comme il serait trop facile de le croire. Le choix est guidé par la volonté de créer les conditions d’une immersion sensorielle la plus complète possible. Mêler les émotions avec les sens, tel est l’enjeu. S’il avait eu à sa disposition la technologie pour insérer dans son film le goût, les odeurs et le toucher en plus du son et de la 3D, nul doute qu’il l’aurait fait.

Ce tourbillon est tout sauf laissé au hasard, il est calculé, pensé, cadré, éclairé à chaque instant avec précision. Les musiques sont choisis, le cadrage est particulièrement travaillé pour les scènes de corps à corps. C’est un choix assumé car ce choix ne s’arrête pas là ou il devient à coup sûr « heurtant » comme par exemple dans une scène d’éjaculation frontale qui a fait bondir même la croisette la plus indulgente envers le réalisateur mais un choix artistique ne s’arrête pas aux bornes de la convenance, il s’assume quoi qu’il en coûte!

Encore une fois, allez voir ce film pour les émotions et les sens chavirés jusqu’à l’extrême mais s’il vous tente seulement pour son parfum de scandale et pour ses promesses de scènes croustillantes (sic), s’il vous plait, n’y allez pas! Vous passerez à côté et ne rendrez pas justice à l’incroyable travail de ces trois extraordinaires acteurs et actrices: Karl Glusman, Aomi Muyock et Klara Kristin.

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Note globale: 5/5.

Pascal

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