Chappie (Film, 2015)

503733Allez ne boudons pas notre plaisir, il est de retour! On croyait avoir perdu Neil Blomkamp dans un Elysium poussif indigne du réalisateur de l’O.V.N.I. District 9, on le retrouve triomphant dans un Chappie titanesque. « Chappie est en titane, man, indestructible, yo! ». Et parce que rien n’est dû au hasard, Neil Blomkamp avec ce nouveau film est aussi de retour en Afrique du Sud (comme dans District 9). Et pour que les choses soient définitivement bien claires il s’offre même le luxe d’un clin d’œil dès le démarrage. En effet, les premières minutes du film sont sous le mode fausse interview encore une fois tout comme District 9. Donc, il est de retour et il nous prévient: ça va déménager dans les mirettes et les neurones.

Synopsis

Dans un futur proche, la population, opprimée par une police entièrement robotisée, commence à se rebeller. Chappie, l’un de ces droïdes policiers, est kidnappé. Reprogrammé, il devient le premier robot capable de penser et ressentir par lui-même. Mais des forces puissantes, destructrices, considèrent Chappie comme un danger pour l’humanité et l’ordre établi. Elles vont tout faire pour maintenir le statu quo et s’assurer qu’il soit le premier, et le dernier, de son espèce.

Se déroule alors un film à plusieurs niveaux de lecture et à chocs multiples.

Premier niveau de lecture: le film d’action. Premiers chocs: visuel et auditif. Du début à la fin, l’action est maîtrisée et le rythme contrôlé. Nerveux, haché parfois, puis tantôt plus calme, ralenti même, quand c’est nécessaire. Choc visuel avec des effets spéciaux totalement intégrés donnant une présence humaine parfaitement crédible à un robot de titane et choc visuel d’une palette graphique parvenant à rendre beau un paysage de township. Choc auditif avec une bande originale gonflée au Rap Rave sud-africain, musique improbable mélangeant des rythmes occidentaux et zoulous en utilisant cette langue si particulière qu’est le Tsotsi Taal, argot des bidonvilles mixant anglais, afrikaans, zoulou, sésotho et isicamtho. Deux des acteurs importants du film et qui jouent (excellemment bien d’ailleurs) sous leur vrai nom, sont justement des chanteurs d’un groupe de rap sud-africain (Die Antwoord): Yolandi Visser et Ninja, nombre de leurs créations musicales sont dans la BO. Ça déménage, je vous dis!

Mais il y a aussi d’autres niveaux de lecture et c’est ce qui permet au film d’éviter le piège dans lequel Elysium s’était perdu.

Deuxième niveau de lecture: le thème cher à Neil, la dénonciation du non respect de la différence et de l’apartheid sous toutes ses formes. Hier dans District 9, transposé dans un township d’aliens, ici dans Chappie transposé dans l’univers simple et innocent d’un robot qui s’éveille à la conscience dans un monde de violence et de crimes. Deuxième série de chocs: émotionnels! La qualité de l’interprétation en « quasi » motion capture de Chappie par Sharlto Copley ainsi que l’intelligence scénaristique autant que de mise en scène et de montage, ménagent de véritables instants d’émotion pure. Les premières découvertes émerveillées, les premiers mots de tendresse mais aussi les peurs sincères, la panique et la terreur du robot face à l’incompréhension d’une violence brutale, aveugle et haineuse.

Enfin troisième niveau de lecture: la réflexion philosophique et les symboles. On peut sourire bien sur à cette philosophie naïve sur le mystère de la conscience et de la création et s’amuser de la symbolique de réincarnation: la créature réincarne son créateur dans son monde digital pour le sauver de la folie de l’autre monde réel et le transforme alors lui aussi en fugitif. Tout comme dans District 9 il n’y avait qu’en devenant alien (noir) dans un township qu’on pouvait comprendre enfin l’injustice qu’on laisse exister en tant qu’homme (blanc) dans le confort de sa maison bien propre. Symbolique à nouveau quand la machine Chappie peut se réparer comme un Lego « plug & play » mais que sa batterie endommagée et irréparable ne lui laisse que 5 jours d’existence: « Votre technologie pourra peut être tout réparer mais elle ne vous rendra jamais immortel » semble nous dire Neil Blomkamp tout comme pour District 9 avec des aliens à la technologie bien supérieure mais pourtant bien piégés dans un ghetto: « Votre technologie vous emmènera peut être dans les étoiles mais elle ne vous rendra jamais libre ». S’il y a un seul emprunt à Elysium qu’on voudra bien accorder à Neil c’est celui d’utiliser de très bonnes guest stars: hier Jodie Foster et Matt Damon dans Elysium, aujourd’hui Sigourney Weaver et Hugh Jackman dans Chappie tout en continuant à capitaliser sur ceux qui lui ont fait confiance depuis longtemps comme Shalto Copley qui a été de tous ses films et de s’appuyer sur des acteurs en ascension comme Dev Patel de Slumdog millionnaire.

Allez un petit coup de griffe pour dire que tout quand même n’est pas parfait… C’est un film Columbia, filiale de… Sony; et grâce à quoi Chappie arrive à encoder sa conscience toute neuve? Grâce à une batterie de PS4 montés en réseau de supra-ordinateur (quelle bonne blague !) et sur quoi Chappie transfère la totalité de la conscience de son créateur? Une clé USB et un ordinateur Sony Vaio (bonjour la capacité du disque dur!). Halala marketing, marketing, quand tu nous tiens. Allez Chappie on reset et on efface ça pour garder plutôt: « Pourquoi m’avoir créé si c’était pour me faire mourir?« …et la réponse: « Mais comment j’aurais pu savoir en te créant que tu allais devenir …. toi! ».

Bon je ne veux pas entendre d’excuses… Allez-y! Note globale: 4/5.

Pascal

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