American Sniper (Film, 2015)

570218Clint Eastwood aime raconter des histoires et c’est sans doute la raison pour laquelle il s’inspire si souvent de romans pour ses scénarios. Dans ce nouveau film, c’est donc d’abord l’histoire qui compte et à travers l’histoire, un homme. Un homme avec sa force, sa fragilité, ses certitudes et ses doutes.

Qu’on ne s’attende pas ici à une critique de la guerre, des armes ou du ridicule sentiment belliqueux du Texas profond, tout cela apparaît clairement mais ce n’est pas l’objet qui intéresse Eastwood. Ce qui l’intéresse, et qui par voie de conséquence va nous captiver, c’est l’homme et son histoire. Probablement beaucoup regretteront le déroulement linéaire, les effets faciles voire peut-être, et bizarrement, une forme d’apologie du nationalisme et du sacrifice guerrier. Mais encore une fois ce qui intéresse Eastwood ce n’est pas un discours partisan de militant, c’est l’homme et son histoire. Si Eastwood veut tant nous faire aimer cet homme qui fondamentalement et essentiellement est un assassin, c’est parce que, derrière les apparences, cet homme simple, redoutablement simple, est un bloc de certitude rempli d’altruisme tout autant que de rage.

Synopsis

Tireur d’élite des Navy SEAL, Chris Kyle est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d’innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il décroche le surnom de « La Légende ». Cependant, sa réputation se propage au-delà des lignes ennemies, si bien que sa tête est mise à prix et qu’il devient une cible privilégiée des insurgés. Malgré le danger, et l’angoisse dans laquelle vit sa famille, Chris participe à quatre batailles décisives parmi les plus terribles de la guerre en Irak, s’imposant ainsi comme l’incarnation vivante de la devise des SEAL : « Pas de quartier ! » Mais en rentrant au pays, Chris prend conscience qu’il ne parvient pas à retrouver une vie normale.

La force du film est qu’il ne veut pas être une démonstration, il veut simplement accompagner cet homme tout au long de son histoire. Cette montagne de certitude va petit à petit se fissurer jusqu’à frôler la folie. La guerre est une drogue qui rend fou. Mais surtout ce qui fourvoie et rend fou c’est l’outil qu’on utilise pour exprimer ses convictions profondes.  Si il y a un mal absolu ce n’est pas l’homme ni ses idées, c’est le moyen utilisé. Et ce que nous montre Eastwood c’est que les «  mauvais » moyens il y en a partout et de tous les bords : les enfants kamikazes des islamistes, la médiatisation déshumanisée et distante des occidentaux, la(les) religion(s) (toutes) et surtout la violence, enivrante, addictive, manipulatrice à l’extrême.

On reprochera sans doute l’apparent manichéisme de la description du terrorisme fanatique et l’absence de mesure et de points de vue contradictoires sur l’islam et les islamistes mais rappelez vous qu’Eastwood s’intéresse à un homme et son histoire. C’est logiquement qu’il embrasse son unique point de vue.

Mais le film ne s’arrête pas là, et c’est en cet instant précis qu’il démontre que son objet va bien plus loin (et son talent aussi…) en continuant l’histoire au delà du sevrage du héros, dans sa reconstruction mentale. Cette autre partie du film n’est pas un simple appendice, Eastwood lui accorde la quasi même durée et la même fougue. Dès lors, il s’attache à montrer, à nouveau d’une façon remarquablement sobre et sans artifices, que les convictions fondatrices (ici le désir impératif d’aider son pays et ses frères) peuvent être respectables mais que ce qui les rend détestables ou aimables, ce sont les moyens utilisés pour les faire s’exprimer.

Dans ce déroulement lent et implacable surgissent de véritables chocs fulgurants d’émotion comme celui de connecter en temps réel la tranquillité d’un monde en paix et insouciant avec le bruit et la fureur des horreurs de la guerre. Et à nouveau dans cet instant fulgurant d’émotions, au delà de la technologie (ici un téléphone portable satellitaire qui reste allumé), le véritable lien c’est l’humain, le lien d’amour d’un homme et d’une femme.

Qu’importe qu’au final l’Amérique encense le héros pour le record de ses « tirs létaux » (exécrable euphémisme technique pour maquiller l’idée d’assassinat) plus que pour son dévouement à aider les soldats brisés au retour du front.

Qu’importe aussi que la vision primitive de l’humanité: des moutons, des loups et des chiens de berger, soit affligeante.

L’histoire seule compte et aussi simpliste soit-elle, elle contient tout ce qui nous fait humain: de la force, de la fragilité, des certitudes et des doutes.

Si la parabole finale est cruelle, à nouveau elle est cruelle pour cet homme, pour ce chien de berger qui comme tous les chiens fidèles est trahi et abandonné par celui qu’il aime et qu’il a toujours voulu protéger (son pays, ses frères).

Rappelle-toi Barbara, quelle connerie la guerre.

Note globale: 4/5.

Pascal

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