Dessins du Studio Ghibli @ Musée d’Art Ludique

Dessins du Studio Ghibli

La sagesse est pour moi la mère de toutes les vertus. Représentant aussi bien l’intelligence que l’équilibre, celui qui la possède est maître de son esprit et de ses capacités. Pour fonder un studio d’animation comme le Studio Ghibli, il faut beaucoup de sagesse, un esprit rigoureux, une créativité abondante et surtout une incroyable touche de poésie. Tout cela, les japonais l’ont bien compris; notamment les fondateurs de cette aventure extraordinaire: Hayao Miyazaki & Isao Takahata. Dessins du Studio Ghibli retrace de manière précise et conséquente, le concept et l’utilisation d’un des outils clés de la réalisation des plus grands chefs d’œuvre d’animation nippone: le layout.

Nous sommes le mardi 18 novembre au soir, je sors du métro Gare d’Austerlitz pour me diriger vers un des mes coins favoris de la capitale: le 13e arrondissement. Je longe la Seine le long du célèbre Quai d’Austerlitz et finit par atteindre le grand bâtiment vert flashy de la Cité de la mode et du design. Ce lieu est une véritable plaque tournante de Paris puisqu’il abrite à lui seul un restaurant, un club (le Wanderlust, s’il vous plaît!), des espaces entiers dédiés à la mode et au textile et bien sûr le Musée d’Art Ludique. Je ne suis pas à ma première visite: j’avais d’ores et déjà profité de la qualité du très récent musée (ouverture datant de novembre 2013) lors de l’exposition Pixar, 25 ans d’animation. Ce mardi j’y retournais pour venir constater moi-même cette nouvelle exposition sur le phénomène Ghibli, en nocturne.

Entrée imminente.

Entrée imminente.

À l’entrée, on m’équipe d’un audio-guide (que je vous recommande) et on me précise que la vidéo et la photo sont formellement prohibés, eh zut! L’entrée est remplie de monde, amassé devant les panneaux d’en face. J’approche, esquivant la foule, pour très vite constater la raison de leur entassement: 5 ou 6 planches géantes explicatives ornant les murs de la première salle. Bien qu’il s’agisse d’une pratique courante que d’introduire le projet d’exposition dès le départ, les organisateurs ne se contentaient pas ici de simples remerciements ou de phrases introductives simplettes. Ici étaient rassemblées toutes les explications techniques et artistiques à propos du fameux layout. Autrement dit, tous les éléments quasi-indispensables pour pleinement comprendre l’objet et l’intérêt de l’expo et apprécier les dessins et leur nature sans se pommer. C’est là que réside ma seule critique de Dessins du Studio Ghibli: cette première salle vous balance tellement d’infos et de détails d’un seul coup qu’il est presque impossible de tout incorporer simultanément, à moins de pouvoir y passer une bonne demi-heure et de ne pas être gêné par tous les découragés qui passent devant le texte sans l’avoir finit. J’aurais au moins espéré que l’audio-guide retranscrive absolument toutes les explications, mais la première piste ne fait que vous introduire dans l’univers en un speech d’une minute et quelque. Seulement voilà, l’assimilation de toutes ces précieuses données est importante et il est difficile de s’en passer, sauf si regarder les dessins en les pensant simplement comme de vulgaires croquis et non tels qu’ils sont réellement vous suffit. Aussi faudra-t-il dès lors être très attentif à tout ce qui vous sera dit sur les panneaux et dans l’audio-guide si vous voulez réellement profiter de la richesse abondante de ce qui vous sera présenté.

Il est donc ici question de layouts c’est-à-dire de dessins très particuliers dont le but est double: illustrer, et indiquer. Les layouts associent intimement art et technique, ils sont de petits croquis dessinés exclusivement aux crayons de couleur possédant un format bien spécifique. Dessus sont présentés d’une part une scène détaillée du story-board, c’est-à-dire une image précise du film et d’autre part des indications à la main plus ou moins pointilleuses à propos de l’animation, de la photographie ou des effets spéciaux. Pour bien se rendre compte de la richesse d’un layout et de la nature des messages qu’il communique, il faut s’emparer de certains concepts et notions plus ou moins récentes (d’où les prolifiques explications de la première salle). Tour à tour reviennent les termes comme « BOOK » ou « BG » adressés parfois aux animateurs, parfois aux directeurs photographiques. Les layouts sont dessinés occasionnellement par les réalisateurs eux-même, d’où des notes très techniques inscrites afin donner une idée très nette et précise de ce que souhaite voir le cinéaste sur le résultat final.

L’exposition marche de manière chronologique: ses débuts sont marqués par des longs-métrages d’un temps précédant la création même du Studio Ghibli tel que Nausicaa pour ensuite remonter jusqu’aux sorties les plus récentes. On voit les techniques d’animation évoluer au fil du temps tout en appréciant le génie d’ores et déjà présent il y a trente ans. La nostalgie et la modernité se mêlent de manière admirable, combinant les techniques d’hier et d’aujourd’hui. Cette intemporalité, cette connexion entre chaque époque, c’est une thématique qui revient elle-même dans les productions finales du studio, transcendant le temps. Force est de constater que l’exposition dans son ensemble est très fidèle à l’esprit même de son objet: complexe, subtile et complète. Vous verrez les nombreuses salles se succéder, renfermant toutes des secrets plus ou moins profonds au sujet de la création de ces œuvres tant acclamées à travers le monde. Rythmer sa visite suivant les repères audio-guide est une bonne chose car ce dernier est bien fait. Vous obtiendrez ainsi des informations très précieuses, imperceptibles pour les non-initiés à l’écriture japonaise ou aux grands événements survenus durant les trente années d’existence du studio. Au-delà de l’aspect expert, la finesse même de chaque dessin s’apprécie, se savoure: imaginez-vous un peu face à des œuvres dessinés d’un simple crayons par la main d’Hayao Miyazaki lui-même.

Il faut disposer de temps et de patience si on ne veut pas passer à côté du meilleur. Y étant allé en nocturne, je n’ai pu rester plus tard que 22h30, aussi je vous conseille de réserver une matinée, voire une après-midi entière pour ne rien rater d’essentiel. Si vous avez la possibilité d’y aller une seconde fois, profitez au maximum de la première partie pour terminer sereinement au deuxième coup. Bien sûr, chaque individu a sa propre vision d’une exposition, et prend le temps qui lui est propre pour en jouir. De fait, même si l’on se rend à une expo en groupe, celle-ci reste une expérience purement personnelle et intérieure car personne ne mettra exactement le même temps et la même signification dans ce qui est présenté.

Photo-souvenir numérique offerte à la fin de l’exposition.

Il n’en reste pas moins qu’il serait une erreur de parcourir cet événement sans lui accorder un minimum de temps et d’attention. Dessins du Studio Ghibli est comme un reflet de la nature, une métaphore de celle-ci, semblable à celle présente dans les films. De ces choses qui meurent si on ne leur donne pas un minimum d’intérêt et de passion. Tel un jardin qu’il faut arroser et préserver des mauvaises herbes, avec sagesse.

À savourer, avec patience et tendresse jusqu’au 1er mars 2015.

4,5/5

Ben’

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2 réflexions sur “Dessins du Studio Ghibli @ Musée d’Art Ludique

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