Get On Up: The Story Of James Brown (Film, 2014)

Avant hier, je suis allé au quartier Opéra. C’est un quartier que j’aime beaucoup, il possède ce que l’architecture haussmanienne a de mieux à offrir à Paris : grands boulevards spacieux et aérés, bâtiments & immeubles de génie et ce je ne sais quoi de parisien si unique. On y trouve également de magnifiques établissements dont certains ayant d’ores et déjà été évoqués par mes soins sur curious world. Mais je ne suis pas là pour vous parler architecture aujourd’hui, non, je m’apprête à vous parler de cinéma et, plus exactement, de groove.

Il y a un mois, j’ai vu pour la première fois le teaser du film Get On Up : The James Brown Story et il est difficile d’expliquer à quel point celui-ci me paru ingénieux. Il avait la folle particularité de tout dire, tout en ne disant rien. On y voit décrit le groove, le groove dans toutes ses formes, le groove dans sa racine, dans sa raison d’être et ceci revenait en fait à décrire « the god father of soul » lui-même. Quoi qu’il en fusse, elle réalisa un effet impressionnant sur moi : j’étais fasciné, ébouriffé, tandis que je me jurais d’aller voir ce long-métrage dont le seul teaser pouvait provoquer un tel engouement chez moi. Ajoutez à cela l’annonce d’une production assurée par Mick Jagger lui-même..

Malheureusement, le film a vite été noyé dans la masse des sorties cinéma de la rentrée (dont certains block-busters faisant un peu trop parler d’eux, en bien ou en mal). Trop seul dans mon euphorie et moi même débordé par les activités, le film m’est resté inaccessible jusqu’à mi-octobre. Ce n’est que le 14 de ce même mois que je pris les choses en main avant qu’il ne soit trop tard.

Il y a deux types de films : ceux que l’on peut se permettre de rater au cinéma sans trop de remords et ceux qu’on ne peut tout simplement PAS rater. Et Get On Up faisait définitivement partie de la deuxième catégorie.

Cinéma Gaumont Pathé Opéra

C’est ici que le rapport entre Opéra et cinéma s’opère (no pown intended). À la recherche d’une séance pour aller voir le funky biopic de Tate Taylor, je m’aperçois qu’il est absent de la programmation de beaucoup de cinémas et qu’il se fait rare dans les salles obscures ; j’opte finalement pour un 21:35 au Gaumont Opéra.
En rentrant dans la salle, je constate que je ne suis pas le seul retardataire; bien que le film jouissait seulement de la salle du complexe la plus modeste, une petite foule de personne s’était serrée pour assister à la fameuse épopée américaine. Je trouve une place sur un des trois premiers rangs qui eux étaient vides et subie les quelques vingt minutes de pubs et bande-annonces (80% de l’un contre 20% de l’autre). Heureusement que j’étais en retard.

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   Le film s’ouvre sur une scène décrivant parfaitement l’une des notions phares du film: l’ego ou le moi comme l’appelle les psychanalystes et plus particulièrement l’ego-centrisme, la sur-enchère du moi. On y voit un homme arriver au volant d’un belle voiture type chevrolet (dont l’auto-radio clâme incessamment les paroles cultes « Get Up, Get On Up ») puis entrer dans les locaux d’une sous-société. Cette musique, c’est la sienne, cette société, elle appartient à son entreprise, cet homme, c’est James Brown. En pénétrant à l’intérieur, il se dirige vers les toilettes et se rend compte très vite qu’elles viennent d’être utilisées. Il fait alors irruption, armé d’un fusil, dans la salle d’à côté où se déroulait une formation professionnelle et menace tous ses occupants afin de trouver le coupable de cette « grosse envie de chier » (traduction approximative des termes anglais employés dans la VO, ndlr). Et oui, on ne « chie » pas dans les toilettes de James Brown. De fait, on s’aperçoit très vite qu’on ne peut pas faire grand chose face à James Brown: il est intouchable, inatteignable. Toute son histoire repose entièrement sur une sorte de culte de sa propre personnalité, l’héritage d’une existence très dure où sa survie n’a pu être assurée que par ses propres actions. L’origine de cette exaltation du moi, James la doit à sa rude enfance dans les bois et la misère entouré d’un père quasiment fou et d’une mère violenté tous les jours par son mari. Abandonné par ses deux parents, il finit embauché dans une maison close alors qu’il n’est qu’un enfant.

La première force de Get On Up, c’est son originalité chronologique dans le montage: en tant que biopic on pourrait s’attendre à ce que les événements de sa vie se succèdent de manière croissante, allant de la naissance à la mort; il n’en est rien. La trame principale du film tourne exclusivement sur la création de ce qu’est James Brown: une élite, une perfection, un homme que l’on ne peut briser. Les événements clés sont donc parsemés, mélangés, formant une suite logique pour la compréhension. On pourrait s’y perdre, ne plus savoir exactement à quel moment a lieu certaines scènes mais cela n’a pas d’importance car l’homme est derrière l’icône; au point que James Joseph Brown disparaît totalement pour faire place à celui qu’on appelle The Hardest Working Man in Show Business. La deuxième force du film, c’est qu’il est tout aussi bien un biopic qu’un concert live enregistré. Il y a autant de talent dans le montage et la réalisation que dans la revisite cinématographique dansée et chantée du talent inouï de Mister Dynamite. Je peinais à me retenir de bouger sur mon siège lorsque chacun de ses plus grands chefs d’œuvre étaient rejoués devant la caméra, réalisant des reconstitutions visuelles mythiques de titres ayant marqués l’Amérique et le monde entier. Le bilan pourrait s’arrêter là, et cela ferait d’ores et déjà de Get On Up un film exceptionnel mais le meilleur réside encore dans son troisième point fort, qui participe à la pertinence des deux premiers: l’interprétation des acteurs.

Parlons tout d’abord des personnages secondaires: le père et la mère offrent un jeu d’acteur bouleversant dès le début du film, donnant beaucoup de sens à la manière dont s’est développé le petit James. Les divers protagonistes apparaissant par la suite tels que sa tante, directrice de la maison close (substitut maternel pour Brown interprété par Octavia Spencer), sa compagne Deidre « Dee-Dee » Jenkins (Jill Scott) ou encore son manager Ben Bart confirment et entretiennent sa montée en puissance, le narcissisant ou le confortant dans ses idées; toujours avec une interprétation juste et soignée. Les grands mélomanes noteront comme moi la présence de Little Richard, brillamment incarné par Brandon Smith. Je termine par une mention spéciale pour Nelsan Ellis dans la peau de l’incroyable Mister Byrd, bras droit et ami fidèle du parrain de la soul qui nourrie l’une des plus belles intrigues du film.

Je souhaiterais conclure Chadwick Boseman et sa véritable transformation en James Brown qui est une des incarnations les plus stupéfiantes que j’ai pu voir. Il est James Brown tout autant que James Brown est le groove. Rien ne s’arrête chez Boseman, il enchaîne la reproduction des grandes étapes de la vie du chanteur avec autant de facilité que s’il s’agissait de sa propre vie. Copiant son accent carolinien étriqué, il donne corps aux grandes tragédies et aux grands succès. Tout d’un coup, les choses font sens, s’imbriquent, se conjuguent à la perfection, tel un casse-tête résolu.

Je suis sorti de la salle transporté, et je mis quelques minutes avant de retourner à la réalité. James Brown est une expérience qui nous apprend que, pour être en haut du podium, il faut être prêt à en payer le prix.

Bien sûr, je suis loin d’avoir tout dit, il y a de nombreux détails de réalisation et d’interprétation que l’on pourrait relever (ce film et les sujets dont il traite mériteraient une catégorie à lui eux seuls). Seulement, il vous appartient à présent d’en faire votre propre expérience et de vous plonger, à votre tour, dans les méandres du père de la funk.

Synopsis

Vous le connaissez sous de nombreux pseudonymes: «Monsieur dynamite», «Le parrain de la soul», «Le travailleur le plus acharné du show business». Préparez vous à découvrir l’homme derrière la légende. Né dans une grande pauvreté en Caroline du Sud, au beau milieu de la grande dépression, en 1933, James Brown a survécu à une jeunesse émaillée d’abandon, d’abus sexuel, d’écoles de redressement et de prison. Personne ne lui a jamais appris les règles du jeu. Il était destiné à les briser. De son expérience de boxeur amateur ou de chanteur de rue, il a su canaliser chaque coup dur en un rythme qui se fit l’écho de sa rage de vivre. Il est devenu un des interprètes les plus influents qui marquèrent la scène soul ou funk, et l’artiste le plus samplé de l’histoire continue d’inspirer la plupart des artistes reconnus aujourd’hui.

Pour les plus formels d’entre vous, je fais parvenir ici ma note globale: 4,5/5

Ben’

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